Théorie des jeux abstraits ; Le théâtre.
Il est intéressant de voir combien une perméabilité existe entre des disciplines bien souvent cloisonnées. Par le exemple le théâtre a contribué à l'élaboration du jeu de stratégie abstrait 3D.
Brecht, l'inventeur de la distanciation, est le premier dramaturge à établir une interractivité entre l'acteur et le spectateur. Cette relation est primordiale pour mettre en oeuvre une dialectique entre des acteurs dépositaires d'une tensison, non pas d'une tension codifiée par Aristote, mais articulée autour de problèmes de toutes natures, et des spectateurs dépositaires d'une critique. L'examen n'est possible qu'avec la distanciation. Dans le jeu de stratégie abstrait 3D, les joueurs sont à la fois acteurs et spectateurs. En tant qu'acteurs ils posent un problème à l' adversaire ; en tant que spectateurs ils critiquent leur adversaire. La tension s'articule autour de la difficulté qu'impose à un joueur un autre joueur.
Artaud est le deuxième dramaturge à m'éclairer sur le jeu de stratégie. Sa théorie du théâtre totale qui repose sur l'absence du langage articulé, seuls subsistent, l'expression corporelle, des sons inaudibles, de la musique, chose qui révèle l'universalité des codes mis en oeuvres. Le burlesque de Chaplin est universel et intergénérationel. Il semble bien que la comédie de la tarte à la crème soit plus accessible que les cris et les convulsions d'un corps plongé dans la tragédie. Le jeu de stratégie abstrait 3D renferme un code universel et un dénouement heureux pour le vainqueur, malheureux pour le vaincu.
Beckett est le dernier dramaturge à contribuer à l'élaboration du jeu de stratégie. La présence de didascalies qui conférent aux éléments non verbaux ( lumière, son, décor ) un langage, et la présence d'un langage minimaliste articulé dénué de sens, mettent en relief une combinatoire constituée d'éléments hétérogènes pour décrire l'absurde de l'existence. De même le jeu de stratégie abstrait 3D implique une combinatoire constituée d'éléments hétérogènes pour décrire non pas l'absurde, mais les solutions d'un conflit imaginaire entre deux adversaires.