théorie des jeux abstraits
Mesure et démesure, raison et folie, fini et infini, ces vocables antithétiques renferment-ils un paradoxe, une contradiction insoluble. Qui estiment que la mesure est une catégorie anthropologique fondamentale en ce qu'elle opère sur le réel des actions objectives et conscientes. Qui estiment que la démesure est une catégorie anthropologique fondamentale en ce qu'elle opére sur l'imaginaire des actions subjectives et inconscientes. Qui estiment qu'une dialectique entre les deux grandes catégores peut s'articuler : la mesure inhibe les vélléités de la demesure. La littérature nous offre des exemples explicites sur ce sujet. Le roman de stefan sweig - le joueur d'échec - rend compte de la sagesse et de la folie des hommes. La scène du personnage qui a appris à jouer seul, à jouer des parties mentalement contre lui-même en prison, disputant une partie contre le champion du monde sur le bateau en partance pour le Brésil demeure une allégorie de la dictature et de la démocratie. Remporter intuitivement une partie d'échec c'est ne rien maîtriser, cela découle d'une stratégie profondément défectueuse de l'adversaire. La dictature ne naît-elle pas des convulsions terribles de la démocraties ? Autre exemple, la guerre picrocholine. Le roman de Rabelais, bien avant les Lumières, pose le portrait de deux personnages. Picrochole épris de démesure, craint par tous ses conseillers, et Gargantua épris de mesure, qui demande l'avis de ses conseillers. Les conseillers de Picrochole abondent dans le sens du dictateur en le flattant par l'annexion de territoires, les conseillers de Gargantua établissent objectivement les rapports de force. Les jeux de stratégies abstraits peuvent représenter une allégorie d'un champ de bataille. Le meilleur joueur reste celui qui a mobilisé son intelligence parce qu'elle implique une réccurrence.